Pensées

Gloire à l’individu

On aurait pu croire que les Facebook, Twitter, Instagram, Zoom, Whatsapp, et consorts auraient pu nous relier, nous permettre de nous unir et nous permettre dans nos réflexions de par la facilité et la rapidité d’accès de prendre notre temps dans nos raisonnements. De par la contrainte de temps disparue par nos accès à internet « infinis », nous aurions pu réfléchir et nourrir des discussions saines, non pas forcément pour arriver à un résultat, mais pour confronter des points de vue et pourquoi pas faire bouger les lignes. Et pourtant non. L’intronisation de « likes » et de réactions a créé chez nous ce besoin de l’approbation de la majorité, jusqu’à pousser les gens à rechercher ce besoin. Mais ce n’est pas le but de cet article. Cette dérive patente est la représentation de ce à quoi le monde ressemble aujourd’hui. Nous cherchons à être unique et malheureusement ce n’est pas pour les bonnes raisons. J’ai parlé des « likes », de l’approbation de l’assemblée cependant, nous pourrions parler de l’argent, le nouveau moteur de nos vies. Tout cela au détriment du sens véritable de nos actions.

Que voulons-nous ?

Autrefois, et notamment après la 2ème Guerre Mondiale, à une époque où il fallait tout reconstruire, nous avions cette image d’un argent qui n’était pas abondant, qui demandait beaucoup d’efforts pour être obtenu mais qui n’était finalement que l’instrument qui permet de nous nourrir, de vivre confortablement avec notre famille ou également de nous défier ou encore de nous « challenger ». Et il est vrai qu’à une certaine mesure cela existe encore aujourd’hui, et ceci est une pure supposition mais il pourrait s’avérer que la majorité pense encore comme cela, même si celle-ci a tendance à disparaître. Dans mon travail, j’ai vu des gens dont l’investissement dépassait largement le salaire qu’ils avaient et rien ne les obligeait à faire cela. Dans ce cas, nous parlerons d’une passion. Les heures ne comptent plus et l’argent n’est là que pour permettre la totale concentration sur le travail. La joie de voir grandir le projet et la sensation d’un accomplissement à chaque étape l’emporte sur tout le reste.

Aujourd’hui, l’argent abonde chez certains et la culture de l’effort n’est plus omniprésente par son obtention désormais possible par des moyens détournés. Les figures exemplaires qui sont montrées et qui sont vues sont loin de cette réalité de l’effort qui peut-être ennuyeuse à bien des égards au vu de la société d’aujourd’hui. Car ce qui plaît est loin du monde réel. Il faut de l’instantané, il faut de l’émotion. Qu’elle soit haine ou joie peu importe car tant qu’elle nous fait réagir, elle est suffisante pour nourrir notre âme sur le moment. Le problème avec les réseaux sociaux est que ce moment, via des éléments comme le « feed » ou les « stories », ne s’estompe jamais que lorsque nous en parvenons à en avoir la volonté. Cette addiction, d’autres en parlent mieux que moi. Ce que je veux surtout souligner à travers ce pouvoir qui agit sur nous est que cette culture de l’instantané est en train de façonner notre société de demain. Les gens ont compris qu’ils pouvaient obtenir de l’argent en profitant, sans forcément de mauvaises intentions, de toutes ces personnes. En tout cas, à travers le prisme de cet exemple, nous pouvons observer que l’argent n’est plus l’instrument qu’il était autrefois. Il est devenu un but, sacralisé par la société et permet à celui qui en a d’avoir cette impression d’être unique et de nourrir le sens de sa vie.

Mais quid des autres ?

Pourtant, l’argent n’est pas le seul moyen qui va nous permettre de rechercher cette unicité qui va nous différencier des autres dans cette société qui prône toujours plus la mise en avant de ces différences. Jusqu’à nous obliger à créer un imaginaire lorsque nous n’arrivons pas à le matérialiser.

L’exclusion de la société est un mal redouté par ceux qui vivent à l’intérieur. Nous le savons, la « peur du vide », la peur de perdre le sens, est un véritable moteur pour nous pousser à tout mettre en oeuvre afin d’éviter cette situation qui ne serait pas seulement un synonyme d’échec mais aussi de blanc, de trou noir. Ne pas savoir, tout le monde déteste cela. Certains de manière tellement viscérale qu’ils sont capables de mentir pour ne pas perdre l’image qu’ils donnent, pour éviter de perdre l’approbation de l’assemblée, ou simplement par orgueil. Mais ne pas savoir, c’est aussi sortir de sa zone de confort, de son « safe space » et souvent être emmené dans une zone qui induit une forme de malaise plus ou moins violente en nous. Sortir de sa zone de confort peut être insupportable pour les plus sensibles et il est clair que ces personnes vont tout faire pour y échapper. Après tout, il est normal de fuir le réel dans cette société où le plaisir et le bien-être sont mis en exergue et où le jugement de l’échec peut-être comparable à une mise-à-mort. L’effort et la souffrance pour obtenir quelque chose sont mis en retrait, voire dénigrés. Ce qui ne nous plaît pas doit être balayé.

Ce qui ne nous plaît pas doit être balayé.

Comment alors se différencier des autres si la valeur de l’effort nous est déplaisante et que nous n’avons pas réussi à matérialiser les pensées qui voudraient forger notre identité ?

Il ne nous reste plus qu’à nous forger une identité imaginaire. Une identité comme bouclier à ce vide qui nous effraie. Une identité pas nécessairement acceptée de la société mais suffisamment pour se trouver dans une zone de confort. Finalement, se créer une identité qui ne fait de nous que le miroir de ces gens en mal de personnalité et d’individualité. Finalement, vivre sur un fil au dessus de ce vide qui nous déplaît tant.

Car cette chrysalide que nous nous créons n’est basée que sur des connaissances volatiles comme notre expérience personnelle ou pire, des mensonges dont nous nous persuadons qu’ils sont vrais car ceux-ci permettent ainsi à notre identité d’exister. Peu ancrées dans le réel, elles nous font peu à peu perdre le sens des réalités à travers des couches instables qui vont avec le temps se rajouter les unes sur les autres, faisant de nous des bombes à retardement.

Nonobstant, le réel finit toujours par revenir d’une façon ou d’une autre. Quelqu’un de friable, qui n’a pas conscience de ce qu’il est vraiment et qui pendant tant d’années a vécu une vie de flottement, entre connaissances fragiles et bulles l’illusionnant, viendra s’effriter face à l’implacable vérité du réel. L’individu pensant être un individu à part entière, par sa construction différente des autres, se rend compte que les briques posées de sa maison ne sont en réalité que du vent et que sa personnalité finalement basée sur du vide le ramèneront à la réalité de ses voisins qui feront la même découverte que lui: il n’est qu’un enchevêtrement dans un réseau d’une pensée unique.

Cette course à la valorisation de l’individu et donc au semblant d’unicité de chacun nous force peu à peu à nous focaliser là-dessus et à oublier le reste. Toute cette vie que l’humanité a réussi à matérialiser à travers les siècles est pourtant le fruit des découvertes de l’Homme. Mais aujourd’hui il ne s’agit plus de vouloir faire avancer l’humanité. Il est actuellement plus question de faire avancer sa propre personne ou de faire paraître son avancée que de vouloir résoudre les véritables problèmes à l’échelle humaine. Ce que va créer cette mouvance malheureusement, c’est l’effondrement de la civilisation sur elle-même. C’est simple, celui qui s’imagine individu va avoir ses propres convictions et créer sa propre vérité au lieu de se baser sur une vérité globale, voir immuable (mathématiques, physique, médecine,…) qui nous a été léguée par notre histoire. Au fil des générations, ce phénomène va se multiplier et la vérité disparaîtra purement et simplement. Il ne restera que des groupuscules qui auront chacun leurs idées, plongeant ainsi l’humanité dans l’obscurantisme.

Ne plus mettre face à ses contradictions l’individu et le conforter dans ses idées, voilà la tendance d’aujourd’hui. Si la situation n’est pas encore alarmante elle reste néanmoins préoccupante. Pour nous en sortir, il s’agirait de réellement se mettre à travailler de concert tout en se confrontant à la réalité. Ne pas oublier ce qu’il en est vraiment et seulement à partir de ce moment là pouvoir affirmer ses idées.

Gloire à l'humanité.

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