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Pensées

Disparition de la nuance

La nuance selon l’Académie française se définit comme « différence presque insensible entre deux choses de même genre ». Vient se rajouter une note par extension : « légère modification ».

Insensible

Si ici elle est considérée comme « presque insensible » en aucun cas celle-ci n’est négligeable. Si nous prenons l’exemple de personnes qui aiment manger, nous pouvons nuancer cette notion par le fait que certains l’aiment car cela leur permet de survivre, d’autres parce que cela leur procure du plaisir ou d’autres parce que le partage de repas leur permet de remplir leur besoin de sociabilité. La nuance peut modifier la vision sur un avis, une décision ou une affirmation et aller jusqu’à amener à penser tout le contraire de ce qui semblait être dit au premier abord. Elle enrichit notre connaissance d’une vue invisible de notre prisme de réflexion et nourrit notre âme dans sa compréhension du monde. La nuance est complexe, la nuance est humaine.

Ainsi, comment juger ce monde de manichéen à partir du moment où l’homme lui-même n’est quasiment fait que des influences reçues par ce qu’il voit et reçoit de son environnement ? Influences qu’il assimile et qu’il va interpréter de sa manière, créant sa propre nuance de la Vérité. Il n’y a rien de négatif à cela car cela créé un cercle vertueux d’influence et de confrontation à la réalité. Après tout, pour comprendre et pouvoir appliquer les connaissances de cette Vérité, l’Homme a toujours été obligé de réduire la connaissance à une échelle où il peut avoir le contrôle sur elle, la rendant palpable, tangible, plus facilement ingurgitable. Des théories sont écrites, des abstractions sont faites sans cesse, des approximations permettent de dessiner les contours de notre monde physique. Grâce à cela, nous pouvons lancer des fusées, des voitures autonomes peuvent rouler, des drones peuvent voler. N’est-il pas étrange finalement que des objets dont les calculs se basent uniquement sur une connaissance partielle puissent se déplacer ? Cette Vérité aussi nuancée qu’elle soit est une facette incomplète qui permet aux humains de grandir dans leur compréhension de ce monde à travers les âges.

Mais alors pourquoi parler de disparition de la nuance ? Il est vrai que dans le monde scientifique, cela paraît impensable de la voir s’effacer du jour au lendemain. Sans quoi, nous ne pourrions plus avancer ou faire de découvertes scientifiques et mêmes les étudiants auraient du mal à comprendre ce qu’on leur enseigne car il faudrait dés leur plus jeune âge leur apprendre l’accélération de Coriolis ou l’algèbre linéaire, eux-mêmes basés sur des théorèmes. Cela n’aurait pas de sens.

L’instinct prend le dessus

Cette nuance chère aux humains est aujourd’hui menacée par un manichéisme délétère qui veut s’imposer à nous et devient peu à peu une barrière à notre réflexion, l’inhibant dans un premier temps avant de la remplacer dans un second temps par le plaisir. Le plaisir de haïr. Le plaisir d’avoir du pouvoir. Le plaisir de ne pas souffrir. Le plaisir de se sentir exister. Le plaisir d’être comme les autres. Cette « zone de confort » qui nous est créée nous empêche toute nuance et nous promet le bonheur à travers des choix limités mais rémunérateurs en plaisir. La réflexion est alors reléguée en seconde zone, loin de ce qui va nourrir notre mécanisme de récompense. Notre chair et notre instinct reprennent le dessus sur nous et finalement font disparaître cette part humaine en nous.

Il faut savoir que l’Homme est de par sa racine un animal et donc il est vrai que de par ses instincts, une partie de lui peut se confondre dans le manichéisme. Toutefois, cette réflexion qui l’élève au dessus des animaux doit lui permettre de voir que le monde n’est pas manichéen. Chaque homme par sa nature, possède une part de mal en lui et la combat sans cesse avec ses armes. Ce dilemme perpétuel chez l’Homme est ce qui en fait sa complexité mais c’est également ce qui lui a permis d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. Il est très conscient de cette faiblesse en lui mais au lieu de s’apitoyer sur son sort, l’être humain s’est créé au fil des siècles un écosystème qui lui permet plus que de raison de vivre avec. De ce côté là, nous pouvons y voir une vraie réussite car l’Homme a su s’affranchir de ses limites.

Pourtant, à l’heure actuelle, nous pouvons plutôt y voir un retour à ses bas-instincts et c’est là où le bât blesse. Là où autrefois l’Homme combattait sa faiblesse, aujourd’hui il la revendique. Si la confrontation avec nos faiblesses nous permettait une remise en question de nous-mêmes et ainsi de nuancer et de faire évoluer notre point de vue, la revendication, elle ne nourrit absolument pas la personne revendiquant de réflexion mais la conforte dans une direction unilatérale et fermée. Comment réfléchir dans cette optique où il n’y a ni entrée ni sortie et où la seule réponse possible est l’acceptation totale de cette opinion unidirectionnelle ?

L’individualité ne se fait plus dans nos forces mais dans nos faiblesses.

La nuance est essentielle

La réflexion est le propre de l’Homme. Cette faculté lui a permis de créer le monde tel qu’il est aujourd’hui. Et même s’il est disparate, même s’il est parfois injuste, ce fruit obtenu de notre histoire est tout de même globalement bien plus vertueux qu’à nos débuts sur Terre. L’Homme a réfléchi, l’Homme a évolué et il continuera à le faire jusqu’à la fin des temps. Car aussi forte soit sa partie animale, elle ne pourra ni l’empêcher de faire de nouvelles découvertes, ni l’empêcher de penser à autrui. Et c’est en cela que l’Homme est le plus grand des êtres terrestres.

Le prisme de ce monde qui nous est offert est infini et jamais nous ne pourrons totalement le comprendre. Mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Nuancer le monde nous a permis de l’assimiler dans nos corps et dans nos âmes pour en faire notre héritage à travers une Vérité partielle. A tous nos futurs enfants, visez la Vérité totale.

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